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En Hollande, c'est le paysage le protagoniste et les actions purement humaines - même la chute extraordinaire d'Icare tombant tête la première dans la mer parce que la cire de ses ailes artificielles a fondu - sont des détails secondaires ; comparé au champ labouré de Brueghel, aux arbres, au navire qui appareille et au laboureur, l'aéronaute qui tombe est insignifiant. L'adéquation de la peinture et de la réalité était si totale que, tout au long de ma route, d'innombrables après-midis passés à flâner dans les musées ressuscitaient. Chaque pas les confirmait. Chaque scène provoquait son écho. Les mâts, les quais et les pignons d'un port de rivière, l'arrière-cour avec son balai de bouleau appuyé contre le mur de briques rouges, le sol en damier des églises - ils étaient tous là, la gamme entière des thèmes hollandais ; jusqu'aux tavernes où je m'attendais à trouver des rustres en train de festoyer et les y trouvais, en effet ; et, à chaque fois, comme par magie, le nom du peinter griffait la scène en diagonale dans ma tête. Les saules, les toits et les clochers, les vaches même broutant, l'air gêné, dans les prairies du premier plan - inutile de se demander quel chevalet elles attendaient tout en ruminant.

Patrick Leigh Fermor - Dans la nuit et le vent - page 67      

BRUEGHEL l'ancien - La moisson (Août - Septembre) - 1565

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L'existence prend beaucoup de place ... Le laid aussi.

Parfois, on peut s'évader, pour reprendre des forces.